Première leçon.
Un matin de petite fille, je me suis
levée toute engourdie et heureuse de l'être. Je suis
descendue de mon lit titubante. Je trouvais ça drôle.
J'imaginais que ce devait être comme cela, être ivre.
Pendant que je m'appliquais à ne pas marcher droit, j'ai entendis des
gémissement dans une pièce, à coté. Je n'y
prêtais pas attention. Ma priorité était de
descendre les escalier, comme j'avais vue faire, la veille, à la télé
Bette Davis. J'en étais à la dernière marche de
mes répétitions quand j' entendis une porte claquer.
Je sortais en sursaut de ma rêverie et je découvris
éberluée une femme inconnue et nue, apparemment en
colère. Elle descendit les marches quatre à quatre, me
bouscula au passage et disparu dans le couloir. Je décidais de
la suivre discrètement. Je m'avançais sur la pointe des
pieds. Je fis trois pas et elle réapparue, toujours aussi nue,
toujours en colère, passa sans me voir et remonta dans la
chambre dont elle claqua la porte. Qui était elle ? Que
faisait elle nue chez moi de bon matin ? Ne trouvant pas de réponse à ces brûlantes questions, je décidais qu'un détective
de ma class ne pouvais décemment pas
réfléchir le ventre vide. Oubliant mon ivresse matinale
je courrais à la cuisine. J'y découvrais avec stupeur
une foule de personne inconnues. Elles étaient bien trois. Au
milieu d'elles mon grand frère attablé et concentré
sur ses céréales. Il ne su jamais à quel point sa vue
me réconforta. Mon cher Christian, vautré sur la table,
la tête dans son bol était un signe tangible de
normalité. Je m'assis donc en face de lui, lui pris Son paquet
de céréales, pour voire, et je vis ou plutôt
j'entendis un grognement sourd. Tout allait donc parfaitement bien
dans cette maison. Je pris mon petit déjeuner, avec Mes
céréales tout à fait sereine, au milieu d'inconnus qui
parlaient de choses que je ne comprenais absolument pas. Je remontais
les escaliers pour faire toilette, et c'est dans la salle de bain que
je rencontrais pour la troisième fois la femme nue, mais cette
fois, elle était habillée.
- Bonjour, madame... Je peux ?
- ...
- Je suis la fille d'Antoine.
Isabelle!
- ...
- Je peux me laver les dents, je ne vous dérange pas ?
Elle m'adressa un regard indifférent.
Je pris ça pour une autorisation. Je me lavais les dents, me
débarbouillais, me coiffais, avec un enthousiasme que je ne me
connaissais pas. La dame était belle. Je la reluquais du coin
de l'oeil, les siens étaient noirs et profonds. Sa bouche
épaisse et dégageait une certaine dureté. Elle
m'impressionnait.
Je risquais :
- Vous êtes toujours fâchée
?
- ...
- Vous êtes plus fâchée
?
- ...
- Vous êtes muette ?
- Écoutes, petit, tu me saoule. T'as
fini ta toilette ? Alors casses toi!
- Je suis pas un garçon, je
suis une fille!
- Dégages, morveux!
- Ok, M'sieur, Au revoir M'sieur!
Et
je claquais la porte en partant. Ça c'était bien envoyé!
« morveux, petit! » j't'en foutrais moi. Je
suis pas petit, je suis pas morveux et puis je suis une fille. Elle
a la berlue ou quoi ? Elle a pas vu mes cheveux ? Je rentrais dans
ma chambre furieuse. Moi aussi j'irai me promener nue en colère
dans la maison, et on verrait bien que je suis une fille!
J'enfilais un jean qui traînait
par là, un T-shirt, un pull et... j'ai l'air d'un garçon
comme ça ? Beuh! Je me risquais dans le couloir. Personne.
J'avais pas tellement envie de Re croiser la furie. Bon. Des
miroirs, il y en avait deux. Un, dans la salle de bain, et un autre
dans la chambre de mes parents. Je marchais en silence vers leur
chambre et collais mon oreille à la porte. Accès
impossible, j'entendais mon père ronfler. Il fallait donc que
j'ose affronter de nouveau La Furie. Oh et puis mince! Je suis chez
moi, si elle n'est pas contente, elle a cas aller se maquiller
ailleurs. Et si elle me dit quoi que ce soit, je lui enverrai pas
dire. Non mais oh! Pleine d'un courage ravageur j'ouvris la porte de
la salle de bain. Elle n'était plus là. Je me sentais
un peu déçue. Je lui aurais bien claqué le
beignet! Je m'observais dans la glace sous toutes les coutures. De
face, de profile, de dos, plus difficile, mais de dos quand même
grâce aux trois volets le l'immense armoire à glace.
J'en étais là de mes réflexions sur la féminité
quand je découvris derrière moi, assise sur les
toilettes, La Furie en train de m'observer avec un demi sourire.
- Oh, vous si vous n'êtes pas
contente...
- Excuses moi pour tout à
l'heure. J'ai été un peu dur avec toi.
- Un peu dur ? Vous m'avez traité
de garçon!
- C'est si méchant que ça
?
- Ben quand même, je suis une
fille! Ça se voit pas ?
- Non, pas trop.
- ...
- Regardes toi, elles s'habillent
comme ça les filles de ton école ?
- Non! Elles sont toutes en rose.
J'aime pas le rose, ça fait poupée. J'aime pas les
poupées.
- Tu as raison. Mais moi, regarde.
Est ce que j'ai l'air d'une fille?
- Oh oui!
- Je ne suis pourtant pas habillée
en rose.
- Oui, mais vous vous avez des
nénés. Et moi j'ai les cheveux long quand même!
- Mais il y a des garçons qui
ont les cheveux longs. On ne les prends pas nécessairement
pour des filles.
Je pris ce jour là ma première
leçon de féminité. J'en sorti perplexe et pas
vraiment convaincue. C'est donc ça la féminité?
Tout ces chichis? Bof! J'y ai souvent réfléchi depuis
et cette version ne me convainc toujours pas. Ne naît on pas
femme, ou homme ? Faut il absolument en rajouter pour convaincre de
l'évidence ? Nous sommes, qu'avons nous donc de plus à
prouver ?
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